La scène se déroule dans un parc désert où une jeune femme dans le fond tourne en rond autour d'un banc face au lac, à l'ombre d'un grand pommier. Cette belle jeune femme semble se parler à elle-même ainsi que rire d'elle.
« - Il semblerait y avoir une faille dans mon discours. Bon reprenons. J'ai absolument besoin de son argent pour mes dépenses quotidiennes en vêtements, ou quelconques folies de ma part. Il est donc absolument inconcevable pour moi qu'il s'en aille et qu'il me laisse seule, moi ! , sa pupille ! Son amour de toujours ! Il n'en est pas question !
Son grand coté sentimental doit être touché si je veux un peu de crédibilité. Je dois donc jouer la carte de l'innocente amoureuse qui a fait une infime, une toute petite erreur. Cela dit, il faut quand même reconnaître que mon amant me procure bien plus de plaisir que Richard. »
Elle prend un ton bouleversé et rentre dans son rôle.
« - Mon cher et tendre époux. Voilà bien des jours que nous nous évitons, nos regards ne se croisent plus, nos corps s'évitent comme les loups évitent les hommes. Je ne conçois pas ma vie sans vous, vous m'êtes bien trop cher à mon c½ur, je ne pourrais pas survivre à votre absence ! »
A part, redevenant rieuse.
« - Est-ce la chaleur qui me donne tant d'inspiration ? Comme cela m'est étrange de dire ces mots ! Enfin, après un tel discours, mon pauvre Richard ne pourra plus me résister, de n'importe quelles façons, je dois mettre dans mon discours, une louche de sincérité, une pincée de larmes, de désespoir, un zeste de tendresse et pour pigmenter le tout, faire un beau mélange du jeu de femme effondrée et amoureuse comme je suis ! »
Grand éclat de rire.
« - Oh ! Une belle et tendre déclaration d'amour ! Voilà ce qu'il lui faut à mon idiot de sentimental de mari ! Rien de mieux pour me le ramener ! Il s'est senti blessé par ce tout petit dérapage amoureux que j'ai osé commettre dans le lit d'un autre (ou plutôt dans son lit mais avec un autre) Mais... mes plus grandes folies lui sont réservées ! »
Elle s'adosse contre l'arbre, une pomme lui tombe sur la tête.
« - Aïe ! Serait-ce un signe de mon incrédibilité ? Mais je suis une actrice ! Même mon mari ne découvrira pas mon jeu de fausse amoureuse ! Et puis, il m'aime ! Le seul fait de me voir revenir déclenchera chez lui une bouffée d'amour pour moi ! Ma déclaration passera fort simplement, « comme une lettre à la poste » oserai-je dire !
L'amour, l'amour..., il faut que je lui parle d'amour ! »
Elle s'effondre sur le banc l'air désespéré, une main sur le visage comme un évanouissement.
« - Oh mon ami, je vous prit de me pardonnez. Excusez l'injustice que je vous ai fait, pardonnez à mon corps d'avoir connu un autre homme, je vous prit de me croire, voyez ma sincérité ! Je vous aime de tout mon c½ur, je ne suis plus rien sans vous, une simple chaussette qui aurait perdu son pied ! Ne voyez-vous pas dans quel désarroi vous me plongez ?
Je connais chaque jour à vos cotés un monde merveilleux où le soleil règne au-dessus de nos têtes, où l'herbe est tendre à nos pieds, où l'air qui nous entoure est bon et doux !
Laissez-moi vous revenir et vous, revenez moi ! J'ai appris à vois avec vos yeux, à manger à votre table, à payer avec votre argent ! Je connais bien plus de choses aujourd'hui que jamais j'en aurai connu ! Vous m'avez offert tant de choses qu'il serait fort dommage que l'argent qui m'est versé s'arrête ! »
Elle se redresse et le sourire revient, va regarder son reflet dans l'eau du lac, soudain, éclate de rire.
« - Je crois qu'il vaudrait mieux pas que je dise cela ! Si je veux garder un peu de crédibilité en tout cas...
Vous m'aimez mon cher Richard alors... à quoi bon vous privez de moi ! (Et de ce fait me priver de votre argent !)
Et bien voilà ! Mis à part ce petit écart dans mon discours, il est parfait ! , même le plus intelligent des amoureux tomberait dans le panneau, n'est-ce pas ? Mon discours est crédible et l'on me croit bel et bien fort amoureuse de mon Richard ! Lui ne me résistera pas, pourquoi riez vous de moi misérables ?, il en sera que plus amoureux et réconforté par mes paroles d'amour déclaré, il oubliera tous mes anciens petits caprices ! »
Soudain elle se fige, le regard immobile, le sourire éteint, un frisson la parcourt et regarde un caillou.
« - Tu fais une sale tête, petit caillou. Mon discours ne te plaît pas ? Tu n'es pas d'accord avec moi ? Je ne suis pas crédible ? Ca ne va pas marcher ? »
Le sentiment d'impuissance est de courte durée, elle se ressaisit et rajuste ses beaux habits puis s'en va d'un pas décidé.
« - Mais voyons ma chère que t'arrive t-il ? , Te voilà qui parle à un caillou. Ton jeu ne peut que réussir...
Mon cher Richard, Nous voilà !! »